18/11/2022

ParentalitéNumérique

« Être informé protège » : l’Association e-Enfance accompagne les mineurs face aux dangers d’Internet

À l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant, Justine Atlan, directrice générale de l’Association e-Enfance, explique l’importance d’éduquer et d’accompagner les jeunes dans leur usage d’Internet, et rappelle l’existence du numéro national 3018.



Rencontre avec une passionnée qui milite sans relâche depuis 2006 pour la protection des mineurs sur Internet.









  • Association de protection de l’enfance sur Internet créée en 2005
  • Deux missions : prévention des risques sur Internet & prise en charge des victimes via le 3018
  • Environ 200 000 personnes sensibilisées chaque année
  • Partenaire du ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports

Bonjour Justine. Pourquoi l’Association e-Enfance a été créée en 2005 ?

À l’époque, le smartphone et les réseaux sociaux n’existaient pas ! Nous étions précurseurs sur ces questions, que nous avions déjà identifiées comme des enjeux de société majeurs, et qui touchent aujourd’hui tous les aspects du vivre ensemble.

Les mineurs sont confrontés à de nombreux dangers sur Internet, comme la diffusion de « nudes », le chantage à la webcam, des escrocs qui les ciblent grâce aux nouvelles technologies, sans oublier le cyberharcèlement et la haine en ligne. Certains challenges lancés sur les réseaux sociaux peuvent aussi être très dangereux. 

Nous apportons de l’accompagnement et du soutien afin de profiter du numérique comme source d’information, d’émancipation et d’épanouissement, tout en donnant des garde-fous contre les risques.

Quelles sont les actions concrètes menées par l’association ?

Notre équipe organise des actions de prévention auprès des enfants et des adolescents dans le cadre scolaire essentiellement, mais aussi des parents et des professionnels de l’enfance. Ces derniers sont très demandeurs sur la question des usages du numérique des jeunes.
Nous proposons aussi des formations aux parents, mais ils ont souvent peu de temps. Ils viennent plutôt vers nous lorsqu’ils ont un problème, sans être toujours conscients de la nécessité d’anticiper.

Notre numéro national 3018 contre les violences numériques répond à toutes les questions qu’ils peuvent se poser sur l’équipement de leur enfant, les bonnes pratiques à lui inculquer, la gestion du contrôle parental, etc.

« Ce n’est pas la responsabilité de l’enfant de s’autoprotéger. Les adultes lui doivent une protection, qui passe par l’information et la pédagogie. »

Comment se passe la prise en charge d’un mineur victime de violences numériques ?

Contacter le 3018 par téléphone ou via notre appli permet d’être aussitôt pris en charge par notre équipe, y compris lorsqu’il s’agit d’un jeune confronté à un problème en ligne et qui a besoin d’être aidé en respectant son anonymat. 

Nous signalons les comptes et contenus dont il est victime aux services de modération des réseaux sociaux, auprès de qui nos contacts privilégiés nous donnent une vraie force de frappe. Dans l’heure qui suit, le nettoyage est fait, car les mineurs bénéficient d’une protection renforcée par rapport aux adultes. Si besoin, nous signalons aussi les contenus publics et illégaux à Pharos, la police de l’Internet, et nous aidons au dépôt de plainte de la victime en listant les infractions commises avec ces contenus. 

En cas de cyberharcèlement, nous alertons l’établissement scolaire de l’enfant afin qu’il prenne le relais sur la situation. Nous voulons que les jeunes aient le moins d’efforts possibles à faire pour demander de l’aide. Ils peuvent d’ailleurs tchatter avec nous et nous envoyer leurs preuves très facilement via l’application 3018.

Comment les opérateurs télécoms et les associations peuvent agir sur ces risques ?

Les associations et les acteurs du numérique, comme les opérateurs télécoms, ont vocation à informer les parents, car ce sont eux qui éduquent et équipent leurs enfants

Avec un smartphone ou une tablette, ils n’ont pas toujours conscience d’offrir un instrument de socialisation et de communication qui doit être cadré. Les parents se retrouvent souvent dépassés, et tiennent le mauvais rôle du censeur pour maîtriser le temps d’écran de leur enfant, ce qui crée des conflits dans la famille. Notre rôle est d’informer, rassurer et responsabiliser les parents. 

Découvrir notre Dossier Enfant, Ados et Internet : comment bien les accompagner

Les opérateurs télécoms ont eux aussi des leviers d’information : la vente de forfaits adaptés aux mineurs, et de terminaux, doit s’accompagner de pédagogie, et d’une proposition de services adaptés aux mineurs.

A lire : Premiers pas numériques, nos engagements pour protéger les ados

Quels sont, selon vous, les futurs défis de la parentalité numérique ?

Être informé protège ! Cacher les problèmes, faire comme s’ils n’existaient pas, rend vulnérables les enfants. Le numérique doit être naturellement intégré à l’éducation, or aujourd’hui, c’est plutôt un angle mort dans les échanges entre parents et enfants. Mais je suis plutôt confiante, car va bientôt apparaître une génération de parents ayant grandi avec les réseaux sociaux, bien plus avertis sur ces questions, et qui pourront partager leur propre expérience avec leurs enfants.

« Internet offre une ouverture formidable sur le monde, et constitue une mine d’informations et d’échanges passionnants : notre vigilance à tous permettra aux plus jeunes d’en tirer le meilleur parti sans se mettre en danger. »

Les principaux risques pour les mineurs sur Internet

  1. 7 parents sur 10

    ne connaissent pas ou peu les activités de leur enfant sur les réseaux sociaux

  2. 20 % des 6/18 ans

    ont déjà été confrontés une situation de cyberharcèlement

  3. 62 % des jeunes

    ont vu leurs premières images pornographiques avant 15 ans

Sources : Le cyberharcèlement des jeunes en 2021 – Etude Audirep /Association e-Enfance, avec le soutien de Caisse d’Epargne.
 Opinion Way/20 Minutes, Avril 2018)

Les mots pour comprendre les dangers sur Internet

Cyber harcèlement 

Acte agressif, intentionnel, répété dans le temps, perpétré par une personne ou un groupe à l’aide des moyens de communication numériques (téléphones portables, messageries instantanées, réseaux sociaux, blog, mails, etc.) pour porter atteinte à l’intégrité morale d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule.

Revenge porn (ou vengeance pornographique)

Se venger d’une personne en rendant publics sans son consentement des contenus pornographiques où elle figure (photos dénudées « nudes », vidéos, propos à caractère sexuel), pour l’humilier ou dévoiler son intimité. 

Fake news

Fausse nouvelle diffusée en connaissance de cause pour des raisons idéologiques, politiques ou financières, par exemple pour dérober des données personnelles.  

Arnaques en ligne

Plusieurs types d’escroquerie visent les jeunes, plus crédules et moins expérimentés : hameçonnage (message envoyé par un prétendu tiers de confiance pour obtenir des données personnelles comme un mot de passe ou numéro de carte bancaire) ; scamming (prétendre qu’une personne a gagné un prix et doit verser une somme pour le recevoir) ; chantage à la webcam (menacer de publier une vidéo à caractère sexuel pour nuire à la victime si une rançon n’est pas versée), etc. 

Violation des données personnelles

Nuire à la réputation d’une personne ou réaliser des opérations malveillantes ou frauduleuses en son nom, le plus souvent après avoir piraté ses données personnelles. 

Contrôle parental

Fonctionnalité ou logiciel permettant de filtrer et de restreindre l’accès à certains contenus pour protéger l’enfant, mais aussi planifier et encadrer le temps d’écran.



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