​​Comment les télécoms peuvent relever le défi de la décarbonation​

28/10/2026

Pour réduire leur empreinte carbone, les télécoms ont l’avantage de pouvoir non seulement jouer sur la manière dont sont déployés les nouveaux sites, mais aussi sur l’ensemble du cycle de vie du réseau : fonctionnement des centres de données, efficacité énergétique des réseaux fixe et mobile, écoconception, durée de vie et réemploi des équipements. 

En partenariat avec le média Usbek & Rica 

Comme tous les secteurs de l’économie, les télécoms font face à l’urgence de décarboner leurs activités. L’enquête annuelle de l’ARCEP « Pour un numérique soutenable » (2025) révèle que l’enjeu est d’autant plus important que les centres de données représentent 46 % de l’empreinte carbone du numérique en France, tandis que les réseaux, les box et les décodeurs en représentent 4,4 %. La même année, alors que les émissions nationales reculaient de 5,8 %, celles des opérateurs télécoms progressaient encore de 4,2 %, notamment sous l’effet de la hausse des usages et de la consommation énergétique des réseaux mobiles.  

Les données les plus récentes confirment une pression persistante, avec une évolution moins marquée qu’en 2022 et 2023. Selon l’ARCEP, en 2024, les émissions de gaz à effet de serre des quatre principaux opérateurs télécoms français ont atteint 401 000 tonnes équivalent CO2, en hausse de 1% sur un an, alors que les émissions nationales reculaient de 0,9%. La consommation électrique totale des réseaux fixes et mobiles s’est toutefois stabilisée à 4,1 TWh.  

Cette stabilisation masque deux tendances opposées : la consommation des réseaux mobiles a progressé de 4% en 2024, sous l’effet de la croissance des usages et de l’extension du réseau ; elle a été compensée par la baisse de 16% de la consommation des boucles locales fixes, portée par le remplacement progressif du cuivre par la fibre, plus efficace énergétiquement.  

Les opérateurs télécoms ont depuis quelques années entamé une démarche proactive pour réduire leurs émissions. Ils font aussi face à un nombre croissant de réglementations sur leur impact environnemental. Depuis le 1er janvier 2022, les opérateurs internet et mobile doivent informer leurs clients sur l’empreinte carbone associée à leurs consommations de données, conformément à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC). Ils sont également concernés par le renforcement progressif du cadre européen de reporting de durabilité, notamment la directive CSRD. Celle-ci impose aux entreprises concernées d’analyser leurs impacts, risques et opportunités au regard de plusieurs enjeux environnementaux — dont le climat, l’eau, la biodiversité et l’utilisation des ressources — et de publier les informations matérielles correspondantes. 

 

Un premier levier : l’installation des sites télécoms

Un premier enjeu de décarbonation réside dans l’installation de nouveaux sites de télécommunication. La part du déploiement, de l’évolution et de l’exploitation de l’ensemble des réseaux fixe, mobile et transport représente en effet environ un peu plus d’un quart du bilan carbone de Bouygues Telecom. 

La fabrication des équipements de réseau et des infrastructures constitue un enjeu majeur : l’Arcep souligne que la phase de fabrication pèse significativement dans l’empreinte carbone et dans l’épuisement des métaux et minéraux stratégiques associés au cycle de vie des réseaux. En 2024, selon l’ARCEP, les émissions de gaz à effet de serre « embarquées » dans les équipements de réseaux mobiles vendus en France ont atteint 72 000 tonnes équivalent CO2, soit une hausse de 5% en un an. Ces émissions correspondent à celles générées tout au long du cycle de vie des équipements, hors phase d’usage.  

De leur côté, les opérateurs peuvent influer sur l’impact du déploiement des sites mobiles. Il s’agit, pour simplifier, de couler un massif de béton pour y installer un pylône qui viendra accueillir les antennes radio. C’est donc en jouant sur l’impact carbone du béton d’une part, et sur celui de l’acier ou sur des matériaux alternatifs, d’autre part que l’on peut réduire l’impact environnemental d’un nouveau site. 

Concernant la partie béton, une première option consiste à diminuer les volumes nécessaires en optimisant le dimensionnement des massifs. 



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La méthode classique consiste à couler un bloc de béton de 30 mètres cubes pour maintenir le pylône en place. De notre côté, avec un maître d’œuvre, nous sommes en train de mettre au point une méthode qui consiste à optimiser les massifs béton, ce qui permet de gagner environ 30% de m3 de béton.

 

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Jérôme Gorgeon Responsable Environnement Climat Réseau et Prévention pour la direction Exploitation et déploiement des réseaux chez Bouygues Telecom


En parallèle, l’usage de béton bas carbone permet également de diminuer l’empreinte environnementale du site d’implantation du pylône. Plusieurs pistes existent : substitution partielle du clinker — composant du ciment obtenu par cuisson et fortement émetteur de CO2 —, recours à des liants alternatifs, utilisation de matières premières secondaires ou encore optimisation de l’approvisionnement local afin de réduire les émissions liées au transport.
 

La jeune pousse Terra CO2 Technology affirme parvenir ainsi à réduire les émissions de chaque tonne de ciment produite de 70%. Il existe également du béton à base de bois, lui aussi moins émetteur de carbone.  

Pour l’acier, la solution est similaire, même si plus difficile à mettre en œuvre.



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L’objectif est ici d’augmenter le taux d’acier recyclé dans les pylônes, avec toutefois une difficulté : celle d’obtenir une bonne traçabilité sur l’acier. Une autre option consiste à utiliser un pylône en bois, ce qui pose toutefois d’autres difficultés. Aussi solide qu’un pylône en acier, il est en revanche plus flexible ; il faut donc que les dimensions des sections des éléments du pylône soient plus grandes par rapport à son homologue en acier, ce qui implique une prise au vent plus grande, donc un plus gros massif de béton… Il y a ici un arbitrage à effectuer pour qu’on ne perde pas quelque part ce que l’on gagne ailleurs. Ce sujet est toujours en étude.

 

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Jérôme Gorgeon Responsable Environnement Climat Réseau et Prévention pour la direction Exploitation et déploiement des réseaux chez Bouygues Telecom


Cette logique d’arbitrage demeure centrale : le bon choix ne se limite pas au matériau du pylône, mais prend en compte l’ensemble du système, fondations, transport, maintenance, résistance mécanique, durée de vie, recyclabilité et fin de vie.
 



La vie du réseau

Au-delà de l’installation, une partie des émissions des télécoms provient de l’entretien et du fonctionnement quotidien des réseaux. Les opérateurs gèrent notamment des centres de données, des équipements de cœur de réseau et de collecte, ainsi que les infrastructures nécessaires aux réseaux fixe et mobile. 

Depuis le passage à la 5G, des centres de données de plus petite taille, plus proches des sites radio permettent d’obtenir un meilleur temps de latence. Bien que moins gourmands en consommation énergétique que les centres de données géants opérés par les Gafam, ceux-ci ont malgré tout un impact non négligeable : ils représentent environ 20% de la consommation électrique du réseau, selon Jérôme Gorgeon. 

La progression des usages numériques, notamment des services d’intelligence artificielle générative, s’accompagne d’un changement d’échelle des centres de données. Les centres mis en service en France en 2024 parmi ceux étudiés par l’Arcep affichaient une capacité informatique moyenne de 20 MW, contre 9 MW pour ceux ouverts en 2023 et 3 MW pour les centres déjà existants en 2023. 

En 2024, selon l’ARCEP, la consommation électrique des opérateurs de centres de données a augmenté de 12%. Leurs émissions de GES associées ont progressé de 23%, sous l’effet combiné de la hausse de la consommation d’électricité et d’un mix électrique plus carboné. Les 23 opérateurs interrogés exploitent près de 160 centres de données en France. Une trajectoire globale qui, en l’absence d’actions fortes, pourrait se poursuivre. Le BCG prévoit ainsi que les centres de données pourraient utiliser 8% de l’électricité consommée dans le monde d’ici à 2030.
Si ces infrastructures sont énergivores, c’est notamment parce qu’il est nécessaire de refroidir les équipements informatiques et de garantir leur alimentation électrique. Des leviers existent : optimisation de la circulation de l’air dans les salles, confinement des allées chaudes et froides, ajustement raisonné des températures de consigne, recours à des équipements plus efficients, amélioration du taux d’utilisation des serveurs ou récupération de chaleur lorsque les conditions locales le permettent. 



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Il y a aussi tout un travail de réaménagement de nos salles à effectuer, afin d’être plus efficaces, en optimisant les courants d’air froid et d’air chaud. Il faut également se poser la question de la température minimale que l’on maintient : on prend parfois trop de marge pour être sûr de ne pas endommager le matériel, mais une température légèrement plus élevée et donc moins énergivore ferait tout aussi bien l’affaire. Là encore, c’est un arbitrage à effectuer, et c’est ce que l’on est en train d’optimiser

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Jérôme Gorgeon Responsable Environnement Climat Réseau et Prévention pour la direction Exploitation et déploiement des réseaux chez Bouygues Telecom

Prolonger la vie des équipements

Enfin, la question de la durée de vie des équipements et de leur réutilisation constitue un levier essentiel pour réduire l’empreinte carbone des télécoms. La fabrication est particulièrement déterminante dans le bilan environnemental des équipements numériques et de réseau : prolonger l’usage d’un matériel fonctionnel évite en principe la production anticipée d’un équipement neuf. 

« Il y a d’abord tout un travail à effectuer avec les fournisseurs pour voir la façon dont ils peuvent travailler sur la durée de vie de leurs équipements, en sachant que l’obsolescence vient souvent du logiciel plus que du matériel. » Vient ensuite la question du réemploi des équipements, elle aussi capitale pour réduire les émissions. « Dans le cadre du démontage d’un site, certains équipements sont récupérés, testés et réintroduits sur le réseau. » 

Le développement du réemploi, de la réparation, de la mise à jour logicielle, de la maintenance préventive et de la standardisation des équipements peut ainsi réduire les besoins en matériels neufs, tout en conservant les exigences de résilience, de cybersécurité et de qualité de service propres aux réseaux télécoms. 

La décarbonation des télécoms doit donc passer à la fois par un allongement de la durée de vie des équipements et leur réemploi quand c’est possible, de nouvelles techniques de construction, l’amélioration continue de l’efficacité énergétique et une gestion plus sobre des ressources matérielles et logicielles. 

Si cela peut constituer une difficulté, en imposant d’être pluridisciplinaire et de maîtriser un grand nombre de compétences, c’est aussi une opportunité : le secteur peut agir simultanément sur ses infrastructures, ses achats, ses pratiques d’exploitation, la conception de ses équipements et l’accompagnement des usages. 



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